Dessin de L.Haffner
Depuis quatre décennies, la conquête de la fameuse aiguière de la Coupe de l'America mobilise la fortune et la ténacité de yachtsmen américains, canadiens et britanniques.
La France crée un challenge à l'endroit de l'élite du yachting mondial : la Coupe de France du Yacht Club de France. Nous sommes en 1891.

La première épreuve de la Coupe de France à Brest, le 6 septembre 1891. Arrivée de Luciole gagnant devant Saint-Yves (coll. Le Yacht)
L'initiative en revient à la commission permanente du Yacht Club de France. Présidée par Félix Faure, homme d'Etat spécialiste de la Marine qui deviendra quelques années plus tard Président de la République, elle fixe les règles de ce qui constituerait l'enjeu d'une course internationale ouverte à «tout propriétaire d'un yacht construit dans son pays et porteur d'un défi au nom de ce pays». De même, la commission définit ce qu'elle entend par «yacht français». Il s'agit d'un yacht, construit sur les plans d'un architecte français, dans un chantier situé en France, et d'un tonnage d'au moins 5 tonneaux selon la formule de course de l'époque. La première course consécutive à un défi est prévue pour 1892, et la série à laquelle sera affectée celle-ci est désignée fin 1891, après une série de régates disputée par des yachts de 5 à 20 tonneaux, et dont le vainqueur est détenteur de la coupe. Les autres conditions du règlement spécifient que «le nombre de défis ne sera pas limité pour une course, pas plus que le nombre de défenseurs. Les épreuves seront au nombre de 2 ou 3 selon les cas sur un parcours d'au moins 20 milles, et qu'elles auront toujours lieu dans les eaux françaises».
Bettina, 20 tx au baron E.de Rothschild gagnant, en 1895, la Coupe de France . (Dessin de L.Haffner)
Le Champion français Estérel, réparant son avarie, dans la troisième épreuve de la Coupe de France - Dessin de M.A.Brun, d'après une photographie de M.G.Richard de Cannes.( LE YACHT- 1998)
Un trophée rapidement convoité par les Anglais
Les premières épreuves de la Coupe de France ont lieu à Brest dès la fin 1891. Les yachts qui la disputent sont de la classe des 20 tonneaux. C'est l'époque triomphale de Saint-Yves et de Marguerite, mais c'est le yacht français Luciole qui, le premier, remporte la Coupe de France en 1892.

En 1895, la coupe se joue de nouveau dans la rade de Brest, et cette fois c'est Bettina qui inscrit son nom au palmarès. Mais les étrangers ne s'intéressent toujours pas au trophée, et il est décidé de modifier le règlement afin qu'en cas de victoire, une autre nation puisse organiser l'épreuve dans ses eaux. De plus, la Coupe de France prend désormais la forme d'un duel entre le défenseur de la coupe et un challenger qui porte le défi.

En 1897, le Royal Temple Yacht Club est porteur du défi et les Anglais entrent dans la danse. Les épreuves se déroulent à Cannes en mars 1898, et Gloria bat le yacht français Esterel qui voit ainsi s'éloigner la coupe vers la perfide Albion. À compter de cette date, la Coupe de France commence à susciter de l'intérêt hors de nos frontières, et la décennie qui va suivre va voir plusieurs pays d'Europe se consacrer à sa conquête.

En 1899, elle se déroule à Ryde, dans les eaux du Solent et les Anglais de Laurea conservent la coupe. Remise en jeu l'année suivante à Ramsgate, le Français Quand-Même ne parvient pas à reprendre le trophée, et il faut attendre 1901 pour que le duc Decazes, propriétaire du nouveau Quand-Même II ramène la Coupe de France dans son pays d'origine, sur abandon du defender anglais, déclaré hors-jauge...
Le 20 tx anglais Lauréa gagne, en 1899, la Coupe de France. (Dessin de L.Haffner)
Le 20tx, Quand-Même II, au duc Decazes, gagne la Coupe de France en 1901 battant le yacht anglais Magdalen. (Dessin de L.Haffner)
En 1910, le 10 mètres JI Gallia II, à M.Loste, champion français, conserve la Coupe de France . (Dessin de L.Haffner)
Un règlement qui s'adapte à son époque
La Coupe de France a atteint sa maturité et il est temps de la faire à nouveau évoluer. Les yachts de 20 tonneaux sont trop coûteux et l'on décide de ramener la jauge à 10 tonneaux.

En 1902, inaugurant cette nouvelle classe à Marseille, le bateau français Suzette se voit déposséder de la coupe par les Italiens du yacht Artica. Disputée alors à San Remo, la coupe revient en France, à Nice, puis à Trouville, mais en 1906 ce sont les Allemands qui s'imposent avec Felca. Seule ombre au tableau, Felca bat bien pavillon allemand, mais son équipage est 100% anglais, et cette faute de tact est très mal vue... Le règlement est donc encore retouché afin qu'à l'avenir, l'équipage soit de la même nationalité que le yacht et son propriétaire.

En 1907, à Kiel, les Allemands reperdent la coupe au profit des Français, qui vont changer de monture pour adopter le 10MJI, mais de nouveau la concéder aux Anglais quelques années plus tard avant que ne survienne le conflit de 1914 qui marque le coup d'arrêt des régates...

Ce n'est qu'en 1922 que la Coupe de France revit. Le trophée est en Angleterre, mais le Royal Thames Yacht Club la retourne au Yacht Club de France, ne disposant d'aucun défenseur pour la remettre en jeu, tandis que l'on choisit cette fois de s'affronter sur des 8MJI. Ce sont alors les Norvégiens, épargnés par la guerre, qui vont relancer un défi. Disputé au Havre, il oppose le 8MJI scandinave Bera au Français Aile II. Les Norvégiens remportent la Coupe de France et la conservent jusqu'en 1925. Bien que les Français s'essaient par trois fois à la reconquérir dans les eaux norvégiennes, le yacht Ranja défait successivement Namoussa, Coq Gaulois et Aile IV, et il faudra attendre 1926 et la victoire de Cupidon III à Philippe de Rothschild pour que le Yacht Club de France voit revenir le trophée.
Le 10 tx Felca II, yacht allemand, battu par Gallia II en 1910 (coll.YCF)
Le Yacht norvégien Bera, 8m JI, vainqueur de Aille II en 1922, débarquant au Havre (coll YCF)
L'Aile II, 8m JI, à Mme Virginie Hériot, battue en 1922 par le yacht norvégien Bera dans les épreuves de la Coupe de France (coll YCF)
Le yacht norvégien Ranja, 8m JI, vainqueur en 1923, 1924 et 1925 de Namoussa, Coq Gaulois et Aile IV.
Unity et Aile VI arrivent à la bouée (coll. YCF) .
Virginie Hériot ajoute la Coupe de France à son palmarès...
Les Anglais se sentent prêts désormais à revenir à l'assaut, et dès 1927 les voici qui reprennent l'avantage en s'emparant de la coupe à deux reprises.

En 1928, ils parviennent à défaire Aile VI, le fameux 8MJI de Virginie Hériot avec lequel elle vient pourtant de remporter la médaille d'or aux Jeux Olympiques, mais en 1929 Aile VI prend sa revanche et ajoute à son riche palmarès une victoire dans la Coupe de France. Malheureusement, dès l'année suivante la coupe repart en Angleterre. Elle y restera cinq ans avant d'être à nouveau reprise par la France en 1937, puis de partir pour l'Italie en 1938.
Le 8m JI Cupidon III, appartenant à M.Philippe de Rothchild reprend en 1926 la Coupe de France à Ranja, defender norvégien. (Dessin de L.Haffner)
Le XXème siècle s'achève, la Coupe de France s'essouffle
La pratique du yachting va une nouvelle fois souffrir de la guerre, et ce n'est qu'en 1949 que la Coupe de France est remise en jeu, à Gênes, et pour la dernière fois en 8MJI. Le bateau français Gaulois défait les Italiens de Miranda, et dès l'année suivante il est décidé que la coupe se disputera désormais en 5.50MJI. De 1953 à 1967, la coupe effectue de nombreux va-et-vient entre la Suisse, l'Italie, la Suède, la Grande-Bretagne et l'Allemagne. Elle est remportée par le 5.50MJI australien Southern Cross en 1965, mais à partir de 1969, la raréfaction de la série des 5.50MJI marque une nouvelle pause dans la tenue des rencontres.

Ce n'est qu'en 1983, sous l'impulsion de Philippe Manset, président du Yacht Club de France, que la Coupe de France connaît un nouveau départ, cette fois dans la série des 6MJI. Disputée sur le très beau plan d'eau de Cannes, Warhorse à Jacky Setton redonne la coupe aux Français. Benjamin de Rothschild, membre du Yacht Club de France, remporte la Coupe de France l'année suivante pour le compte de la Suisse, et le trophée repart ainsi sur le lac Léman, avant de migrer vers la Suède, puis d'être repris par les Anglais.

En 1992, à Bénodet, la Coupe de France est remise en jeu pour une ultime fois, et c'est le 6MJI anglais Thisbe skippé par Peter Bateman qui s'impose.
Le 8m JI Siris II, à sir A.Paget, bat en 1927 le 8m JI français Nitchevo, à Louis Bréguet .(Dessin de L.Haffner)
Severn qui gagna en 1930, 31,32 et 33 la Coupe de France pour l'Angleterre et AileVII, à Mme Virginie Hériot, second en 1931. (Dessin de L.Haffner.)
Une nouvelle recette pour reconquérir l'élite de la régate
Pendant dix ans, la Coupe de France reste en sommeil. Les membres du Yacht Club de France n’ont pu manquer de remarquer dans les salons la présence de cet imposant trophée en argent massif, exécuté par l’orfèvre de la place Vendôme Cardeilhac. C'est Henri Samuel, membre du Yacht Club de France, qui permet à l'élite de la voile internationale de se lancer à sa conquête en 2003 sur le plan d’eau de Saint-Tropez, cette fois par équipe de 3 bateaux composée de Mumm 30, Melges 24 et Dragon. Véritable renaissance de ce que l’histoire a prouvé être l’un des trophées les plus convoités au monde.
France, 8m.JI à M.F.Rey, reprend en 1937 la Coupe de France à l'anglais Felma et la perd en 1938, battu par le 8m.JI italien Bona. (Dessin de L.Haffner.)